Unheimlich

Unheimlich

Depuis les débuts de la compagnie, nous développons notamment avec La Méridienne, scène conventionnée de Lunéville, une collaboration privilégiée, en terme de co-production, diffusion, et action culturelle. Et c’est sur les bases de cette relation de confiance de curiosité que Yohann Mehay nous a proposé une “commande” pour son festival FACTO, à l’occasion de l’exposition Golem. Il nous invitait à imaginer une proposition marionnettique en regard du dispositif de Golem, qui animait, par le biais de projections astucieuses, des bustes sculptés de personnages antiques. Il s’agissait d’explorer les champs de l’animé et de l’inanimé, du vrai et du faux, de l’illusion du vivant, de questionner l’idée de la transmission du sensible à un objet.

Cette sollicitation est entrée immédiatement en résonance avec les problématiques fétiches de la Mue/tte, permettant d’investir les chantiers de la métamorphose, du double.

Les notions induites de présence absente ou de réification nous invitent à interroger notre statut vis à vis de l’objet, tentant d’en faire un partenaire de jeu crédible et troublant, ou une partie réelle de soi.

Notre démarche autour du truchement du regard nécessite généralement une mise en lumière, un environnement sombre, pour construire des espaces qui trichent et créer les mirages.

La contrainte étant de jouer cette partition hypnotique dans un atelier de sculpture, sans obscurité, il a fallu improviser un cocon, qui centrait le regard, permettait l’intimité, tout en s’adaptant à l’esthétique très épurée de l’atelier.

Lors de la visite, la remorque des propriétaires, chatoyante et … dans son jus, s’est imposée comme le repli parfait. La lumière ambiante conférait d’ors et déjà à ce drôle d’équipage, si trivial, un caractère utérin, une ambiance de « maison close indus ». Une bizarrerie toute pertinente dans ce lieu. Il n’avait plus qu’à investir cette sympathique cabane d’un stock de mannequins dézingués pour en faire un cabinet de curiosités, une serre aux organismes étranges..

Avec quelques habiletés de lumière et une création musicale électronique, cette vieille remorque qui transportait jusqu’ici du bois ou des sculptures s’improvisa castelet viscéral. Un ventre rouge, au sein duquel un étrange amas tentaculaires prenait vie, dessinant parfois les contours naissants d’un corps humain, ou ceux d’un monstre, à l’organicité végétale, avant de s’abandonner à sa condition de tas de plastique, dans un hangar gris.

L’impromptu Unheimlich, forme visuelle et musicale de 10 minutes, qui exprime littéralement le concept freudien de l’inquiétante étrangeté, était né, pour une journée seulement. Il ne pouvait être que cet objet là, à cet endroit là.

Une expérience inédite et sur mesure, un défi excitant, pour rencontrer le public hors temps de représentations et s’associer à d’autres modes d’expressions artistiques.

Conception/manipulation :
Delphine Bardot

Création musicale/ regard extérieur :
Santiago Moreno

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